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Faut-il rembourser ses dettes ou investir en premier ?

Sep 21 / Jean-Sébastien Jutras
C'est l'une des questions les plus fréquentes en planification financière personnelle : devrait-on rembourser ses dettes avant d'investir, ou est-il préférable de faire fructifier son argent dès maintenant ? Plusieurs personnes se sentent tiraillées entre le désir de se libérer d'un fardeau financier et l'envie de profiter le plus tôt possible de la croissance des marchés. La réponse n'est pas universelle, mais certains principes simples permettent d'y voir plus clair et de prendre une décision éclairée selon votre situation, vos objectifs et votre tolérance au risque.

Temps de lecture : 6 minutes

C'est l'une des questions les plus fréquentes en planification financière personnelle : devrait-on rembourser ses dettes avant d'investir, ou est-il préférable de faire fructifier son argent dès maintenant ? Plusieurs personnes se sentent tiraillées entre le désir de se libérer d'un fardeau financier et l'envie de profiter le plus tôt possible de la croissance des marchés. La réponse n'est pas universelle, mais certains principes simples permettent d'y voir plus clair et de prendre une décision éclairée selon votre situation, vos objectifs et votre tolérance au risque.

Comprendre l'enjeu derrière cette question

Le coût réel de vos dettes

Chaque dette a un coût, exprimé sous forme de taux d'intérêt. Une carte de crédit impayée peut facilement dépasser 19 % d'intérêt annuel, alors qu'un prêt hypothécaire se situe généralement entre 4 % et 6 %. Entre les deux se trouvent les marges de crédit personnelles et les prêts auto, dont les taux varient selon votre dossier de crédit et l'institution financière. Plus le taux est élevé, plus la dette gruge rapidement votre capacité à bâtir un coussin financier, puisqu'une partie importante de vos paiements sert uniquement à couvrir les intérêts plutôt qu'à réduire le capital. L'Office de la protection du consommateur rappelle d'ailleurs que le coût du crédit varie énormément selon le produit utilisé, ce qui doit orienter vos priorités de remboursement.

Le potentiel de rendement de l'investissement

À l'inverse, investir permet de faire croître votre argent grâce aux intérêts composés, ce mécanisme par lequel les rendements générés produisent eux-mêmes des rendements au fil du temps. Historiquement, un portefeuille diversifié peut générer un rendement moyen annuel de 5 % à 7 % à long terme, bien que rien ne soit garanti d'une année à l'autre. La logique mathématique est simple : si le rendement espéré de vos placements dépasse le taux d'intérêt de votre dette, investir devient avantageux sur papier. Mais la réalité financière est rarement aussi simple, car elle comporte une part de risque et d'incertitude que le remboursement d'une dette, lui, ne comporte pas. Rembourser une dette procure un rendement garanti, alors qu'investir expose votre capital aux fluctuations du marché.

Les facteurs qui doivent guider votre décision

Le taux d'intérêt de la dette en premier lieu

La règle la plus simple à retenir : les dettes à taux élevé, comme les cartes de crédit ou les prêts personnels non garantis, devraient presque toujours être remboursées en priorité. Aucun placement ne peut offrir un rendement garanti supérieur à 19 % ou 20 %, ce qui rend le remboursement de ce type de dette nettement plus rentable que l'investissement à court terme.

La contribution de l'employeur, un incitatif à ne pas négliger

Si votre employeur offre une cotisation équivalente à un REER collectif, cet avantage mérite une attention particulière. Refuser cette contribution équivaut essentiellement à refuser un rendement immédiat et garanti sur votre argent. Dans un tel cas, il est souvent judicieux de cotiser au moins jusqu'à la limite égalée par l'employeur, même en présence d'une dette à taux modéré.

Votre tolérance au risque et la stabilité de vos revenus

Deux personnes ayant les mêmes chiffres peuvent faire des choix différents selon leur situation d'emploi, leur âge et leur niveau de confort face au risque. Une personne dont l'emploi est précaire pourrait préférer réduire ses dettes rapidement pour alléger ses obligations mensuelles, tandis qu'une personne avec des revenus stables pourrait choisir de répartir ses efforts entre les deux objectifs.

Une approche hybride, souvent la plus réaliste

Prioriser les dettes à taux élevé

Commencez par éliminer les dettes dont le taux dépasse 8 % à 10 %. Cette étape offre un rendement garanti équivalent au taux d'intérêt évité et réduit rapidement votre stress financier.

Profiter des régimes enregistrés de façon stratégique

Pour les dettes à taux plus bas, comme un prêt hypothécaire ou un prêt étudiant, il peut être avantageux de cotiser en parallèle à un REER ou à un CELI, particulièrement si cela procure un remboursement d'impôt ou une croissance à l'abri de l'impôt. L'Agence du revenu du Canada explique en détail les avantages fiscaux propres à chacun de ces régimes sur son site officiel.

Garder un coussin de sécurité avant tout

Peu importe la stratégie choisie, il demeure essentiel de conserver une réserve d'urgence équivalente à quelques mois de dépenses. Sans ce coussin, un imprévu pourrait vous forcer à recourir de nouveau au crédit, annulant ainsi vos efforts. L'Autorité des marchés financiers propose des outils gratuits pour évaluer votre situation financière globale et déterminer la marche à suivre la mieux adaptée à vos objectifs.

Revoir sa stratégie chaque année

Votre situation financière évolue avec le temps : une augmentation de salaire, un changement d'emploi ou la fin d'un prêt peuvent modifier l'équilibre entre remboursement et investissement. Il est donc utile de revoir votre plan une fois par année, idéalement au moment de la déclaration de revenus, afin de vérifier si la répartition actuelle correspond toujours à vos priorités. Cette révision permet aussi de profiter des changements aux taux d'intérêt, qui peuvent rendre le remboursement anticipé plus ou moins avantageux selon les cycles économiques.

Une décision personnelle, pas une formule universelle

En fin de compte, il n'existe pas de bonne réponse unique à la question de rembourser ses dettes ou d'investir. Le taux d'intérêt de vos dettes, votre tolérance au risque, votre stabilité d'emploi et les avantages fiscaux disponibles doivent tous entrer en ligne de compte. Pour plusieurs, une approche équilibrée, combinant remboursement prioritaire des dettes coûteuses et investissement graduel, offre le meilleur des deux mondes, tout en évitant de sacrifier complètement l'un des deux objectifs. L'important est de prendre une décision réfléchie plutôt qu'automatique, et de l'ajuster au fil du temps selon l'évolution de votre situation. Le gouvernement du Québec propose d'ailleurs plusieurs ressources utiles sur les conseils de consommation en matière de services financiers pour vous aider à bâtir un plan qui vous ressemble et qui respecte à la fois vos obligations et vos ambitions financières.