Bien préparer son testament, le geste le plus simple pour éviter une succession compliquée

Dec 15 / Jean-Sébastien Jutras Pl Fin.
On remet souvent la rédaction d’un testament à plus tard, parce que le sujet est délicat, parce qu’on se sent « trop jeune », ou parce qu’on croit, à tort, que tout se règlera automatiquement. Pourtant, un testament bien préparé est l’un des meilleurs cadeaux que vous puissiez laisser à vos proches. Il clarifie vos volontés, réduit les conflits, accélère le règlement de la succession et évite bien des coûts inutiles. Et si vous songez aussi à donner de votre vivant, c’est une stratégie intéressante, mais elle doit être planifiée avec soin pour ne pas fragiliser votre retraite à long terme.

Pourquoi le testament est essentiel, même quand « tout est simple »

Un testament sert d’abord à dire clairement qui reçoit quoi. Sans testament, ce sont les règles de dévolution prévues par la loi qui s’appliquent, et elles ne reflètent pas toujours ce que vous auriez voulu. Résultat, des délais, des démarches plus lourdes et parfois des décisions qui surprennent la famille.

Un testament bien rédigé permet aussi de nommer un liquidateur (la personne responsable de régler la succession). Ce rôle est crucial, il faut payer les dettes, produire les déclarations fiscales, gérer les actifs, communiquer avec les héritiers, conserver des preuves, vendre ou transférer des biens, puis distribuer le patrimoine. Lorsque ce rôle n’est pas clairement attribué, ou lorsqu’il est confié à la mauvaise personne, la succession peut vite devenir un champ de mines.

Enfin, le testament réduit les zones grises. Les zones grises, ce sont les phrases trop vagues, les oublis (un enfant d’une union précédente, une propriété détenue en copropriété, une entreprise), ou les volontés qui ne tiennent pas compte de la réalité juridique et financière. Et dans une succession, l’ambiguïté coûte cher, en temps, en stress et parfois en frais professionnels.

Les erreurs fréquentes qui compliquent une succession

Plusieurs situations reviennent souvent.
D’abord, le testament est trop ancien. Une séparation, une nouvelle union, l’arrivée d’enfants, un achat immobilier, la création d’une société, ou un changement majeur de patrimoine, ce sont tous des événements qui devraient déclencher une révision.

Ensuite, on confond parfois testament et désignations de bénéficiaires. Certains actifs (par exemple certains régimes et assurances) peuvent se transmettre selon une désignation, indépendamment du testament. Si votre testament dit une chose et vos formulaires en disent une autre, ce n’est pas seulement incohérent, cela peut créer de la frustration et des tensions importantes.

Autre erreur courante, on oublie l’aspect humain. Donner des montants égaux n’est pas toujours « juste » si les situations sont différentes, mais donner des montants différents sans l’expliquer peut être explosif. Un bon plan successoral, ce n’est pas seulement des chiffres, c’est aussi une stratégie de communication et de cohérence.

Donner de son vivant, une stratégie intéressante… si elle est bien encadrée

Donner de votre vivant peut être très positif. Vous voyez l’impact de votre aide, vous soutenez un projet (mise de fonds, études, démarrage d’entreprise), et vous réduisez potentiellement la taille de votre succession à régler plus tard. Dans certaines familles, c’est aussi une façon d’éviter des conflits, en clarifiant les choses tôt.

Cela dit, il faut encadrer ces dons. Un don important à un enfant aujourd’hui peut créer un déséquilibre perçu demain, surtout si les autres héritiers n’ont pas reçu une aide comparable. Parfois, la solution est de documenter l’intention, par écrit, par exemple en précisant s’il s’agit d’une avance d’héritage, d’un prêt, ou d’un cadeau sans attente. Le simple fait de nommer clairement la nature du geste peut éviter des années de rancœur.

Il faut aussi penser à la traçabilité. Quand une succession s’ouvre, les souvenirs deviennent flous, et chacun se rappelle les événements à sa façon. Conserver des preuves, des notes, et une logique claire dans la stratégie aide énormément.

Attention, un don peut fragiliser votre retraite sur le long terme

Le piège le plus fréquent, c’est de donner en regardant seulement la situation d’aujourd’hui. Or, la retraite se joue sur des décennies, et les risques augmentent avec le temps.

L’inflation, d’abord, est un ennemi discret. Un montant qui vous semble confortable maintenant peut perdre beaucoup de pouvoir d’achat au fil des années. Si vous vous départissez trop tôt d’un capital qui devait soutenir votre niveau de vie, vous pourriez vous retrouver à devoir réduire vos dépenses plus tard, au moment où il est le plus difficile de retourner générer des revenus.

Ensuite, il y a le risque de marché. Une baisse importante sur le marché boursier, surtout si elle survient au début de la retraite, peut avoir un effet disproportionné sur la durée de vie de votre portefeuille. Si vous avez donné une partie de vos liquidités ou de votre coussin de sécurité, vous pourriez être forcé de vendre des placements au mauvais moment pour financer vos dépenses, ce qui amplifie les pertes et réduit la capacité de rebond.

Il y a aussi la longévité et la santé. Personne ne planifie de vivre « trop longtemps », mais c’est pourtant une bonne nouvelle à anticiper. Les coûts liés à la santé, à l’aide à domicile, ou à un changement de milieu de vie peuvent grimper rapidement. Un don généreux, fait sans recalcul du plan de retraite, peut devenir une pression financière plus tard.

C’est pourquoi, avant de donner un montant significatif, il est prudent de revoir votre plan de retraite avec des hypothèses réalistes, inflation, rendements futurs, scénarios de marchés défavorables, et marges de sécurité.

Les bases d’un plan successoral solide

Un bon testament, ce n’est pas seulement un document signé. C’est un ensemble cohérent.
  • Mettre à jour le testament après tout changement majeur de vie ou de patrimoine.
  • Choisir un liquidateur compétent, disponible, et capable de gérer des démarches.
  • Harmoniser testament, bénéficiaires, assurances, régimes et structure de détention des actifs.
  • Prévoir des mécanismes pour réduire les conflits, par exemple des clauses claires, et une logique expliquée.
  • Documenter les dons faits de votre vivant et l’intention derrière ces gestes.
  • Réviser votre plan de retraite avant tout don important, en tenant compte de l’inflation, des marchés et de la longévité.
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Préparer son testament, c’est protéger votre famille contre l’incertitude. Et si vous souhaitez donner de votre vivant, vous pouvez le faire de façon intelligente et généreuse, à condition de préserver votre propre sécurité financière. La clé, c’est la cohérence, une vision à long terme, et des décisions alignées avec votre plan de retraite. Un testament bien préparé ne règle pas seulement une succession, il évite des blessures inutiles et laisse, au-delà de l’argent, une paix d’esprit durable.