Investir dans l’or : une sécurité perçue… mais une stratégie à nuancer
L’or fascine. Métal précieux, intemporel, symbole universel de richesse, il a traversé les siècles comme une valeur refuge. C’est pourquoi certains investisseurs affirment :
« Je préfère investir dans l’or, au moins ça ne perd pas de valeur. »
Mais derrière cette affirmation se cache un mythe partiellement vrai, partiellement trompeur. Si l’or peut jouer un rôle stratégique dans un portefeuille, il n’est ni infaillible, ni toujours stable, ni exempt de risque. Et surtout, il ne remplace pas une stratégie de placement diversifiée.
1. L’or ne produit rien. Il dort.
Contrairement aux actions (qui versent des dividendes) ou aux obligations (qui versent des intérêts), l’or ne génère aucun revenu. Il faut donc compter uniquement sur l’appréciation de sa valeur pour espérer un rendement.
- Lorsque l’or stagne — parfois pendant plusieurs années — l’investisseur ne gagne rien.
- En tenant compte de l’inflation, la valeur réelle peut même diminuer malgré un prix nominal stable
Entre 1980 et 2005, le prix de l’or est passé de 850 $ à… 440 $ US l’once.
(Source : Bloomberg, Historical Gold Prices)
2. L’or peut être très volatile
L’image d’un actif « stable » est trompeuse. En réalité, l’or est l’un des actifs les plus volatils sur le court terme.
-
En 2011 : +29 %
-
En 2013 : –28 %
-
Entre 2020 et 2021 : –8 %, puis +13 %
-
En 2024 : une envolée, suivie de corrections
Les variations sont importantes, souvent influencées par la peur, les taux d’intérêt, la politique monétaire ou la spéculation. Ce n’est pas un actif « tranquille ». C’est un actif émotionnel.
L’or est souvent présenté comme un rempart contre l’inflation. Mais les données sont plus nuancées.
Selon une étude de la CFA Institute (2021), l’or a offert une bonne protection contre l’inflation dans les années 1970, mais beaucoup moins depuis.
-
Dans les années 1980, malgré une inflation élevée, l’or s’est effondré.
-
Depuis 2000, il a monté… mais en parallèle avec les marchés boursiers.
-
Entre 2021 et 2023, l’inflation a grimpé fortement, mais l’or est resté relativement stable.
Conclusion : L’or n’est pas une couverture systématique contre l’inflation. Il peut fonctionner dans certains contextes, mais pas tous.
L’or peut avoir une utilité dans un portefeuille diversifié :
-
Il peut agir comme diversifiant lorsque les marchés boursiers sont en baisse.
-
Il peut réduire la volatilité si intégré à petite dose (souvent entre 5 % et 10 % d’un portefeuille).
-
Il peut rassurer certains investisseurs dans un contexte géopolitique incertain.
Mais il ne doit jamais être la seule stratégie. Un portefeuille 100 % or est extrêmement risqué, peu liquide, peu productif, et difficile à optimiser fiscalement (pas de REER/CELI facilement disponibles, frais de garde, etc.).
La croyance que « l’or ne perd jamais de valeur » est plus émotionnelle que financière.
-
un portefeuille diversifié : actions, obligations, liquidités, immobilier, métaux (si désiré) ;
-
un plan personnalisé selon vos objectifs, horizon et tolérance au risque ;
-
une discipline à long terme, pas des choix impulsifs en fonction du climat économique.
« Aucun actif n’est toujours le meilleur. C’est la combinaison cohérente d’actifs, rééquilibrée régulièrement, qui crée la stabilité et la performance. »
L’or n’est ni un mauvais investissement, ni une garantie absolue.
Il peut jouer un rôle tactique, mais il ne remplace ni la croissance à long terme des actions, ni le revenu stable des obligations, ni la souplesse des liquidités.
Mettre « tout dans l’or » revient à miser sur une seule couleur à la roulette. La meilleure protection, ce n’est pas un métal. C’est une stratégie.
-
Bloomberg, Gold Historical Prices, 1980–2024
-
CFA Institute, Gold as an Inflation Hedge: Myth vs. Reality, 2021
-
Vanguard, Principles for Investing Success, 2020